Débat sur le changement de la Constitution : le “camp des lépreux” peut-il sauver la nation ? (Tribune de Narcisse Ntumba, le Patriote)

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Dans le tumulte des débats qui agitent actuellement la République démocratique du Congo autour d’un probable changement ou d’une révision de la Constitution, une déclaration du pasteur Moïse Mbiye a particulièrement retenu l’attention de l’opinion. En qualifiant certains pasteurs favorables à cette réflexion constitutionnelle de “camp des lépreux”, l’homme de Dieu entendait sans doute dénoncer une posture qu’il juge marginale ou contestable.

Mais paradoxalement, cette image biblique pourrait bien devenir une véritable prophétie politique et spirituelle pour la délivrance de la RDC. Car dans le livre de 2 Rois, chapitre 7, ce sont précisément quatre lépreux, rejetés par la société, méprisés et considérés comme insignifiants, que Dieu utilise pour sauver tout un peuple plongé dans la famine, la peur et le désespoir. À plus forte raison, tout un “camp des lépreux”.

Samarie était assiégée. Le peuple souffrait. Les autorités étaient dépassées. La crise semblait sans issue. Pourtant, la délivrance n’est venue ni des élites, ni des puissants, ni des stratèges militaires, encore moins de ceux qui se croyaient irréprochables. Curieusement, elle est venue de quatre hommes exclus, ignorés et rejetés.

La Bible raconte que ces lépreux ont décidé d’avancer malgré leur condition. Pendant que tout le monde avait peur, eux ont osé agir. Pendant que la ville attendait la mort, eux ont choisi l’initiative. Et Dieu a honoré leur audace en semant la confusion dans le camp ennemi. Résultat : toute la nation a été sauvée.

Cette situation ressemble, à bien des égards, à ce que traverse la RDC aujourdhui assiégée par le Rwanda. L’idée d’un changement de la Constitution est rejetée et contestée par l’Église catholique, certaines confessions protestantes et plusieurs acteurs de la société civile. Pourtant, quelques pasteurs et serviteurs de Dieu se sont levés pour soutenir cette réforme constitutionnelle que d’autres considèrent comme un sujet tabou.

Voilà pourquoi certains Congolais devraient faire preuve de prudence avant de ridiculiser ou de condamner systématiquement les pasteurs qui soutiennent l’idée d’un changement constitutionnel. L’histoire biblique nous enseigne que Dieu passe parfois par ceux que l’opinion publique méprise pour accomplir ses desseins.

Aujourd’hui, ceux que certains qualifient de “lépreux” sont peut-être justement ceux qui portent une vision capable d’aider la RDC à sortir de ses blocages institutionnels, sécuritaires et sociaux.

Le débat sur la Constitution mérite mieux que des insultes, des caricatures ou des anathèmes. Il mérite de la profondeur, de l’écoute et du discernement. Être favorable à une réforme constitutionnelle ne fait pas automatiquement de quelqu’un un ennemi de la démocratie ou un traître à la nation, encore moins un partisan d’une présidence à vie.

Au contraire, plusieurs nations à travers le monde ont modifié leur Constitution afin de l’adapter aux réalités nouvelles de leur époque. Pourquoi ce débat deviendrait-il interdit en RDC ?

Le plus important n’est pas de savoir qui parle, mais ce que cette réforme constitutionnelle pourrait apporter au pays : stabilité, cohésion nationale, efficacité institutionnelle et paix durable.

Dans 2 Rois 7, les lépreux étaient méprisés, mais ils possédaient une qualité essentielle : ils avaient refusé l’immobilisme. Ils avaient compris qu’attendre la mort sans agir n’était pas une option.

La RDC traverse aujourd’hui une période sensible de son histoire : guerre à l’Est, tensions politiques, défis économiques et crise de confiance entre les citoyens et les institutions. Dans un tel contexte, toutes les voix méritent d’être entendues, surtout celles qui proposent des pistes de solution.

Et si, finalement, ceux qu’on qualifie aujourd’hui le “camp des lépreux” étaient précisément les instruments inattendus d’une nouvelle étape pour la République que Dieu utilise ?

L’histoire biblique nous rappelle une vérité simple : Dieu ne choisit pas toujours les plus applaudis pour sauver un peuple. Parfois, Il choisit ceux que la foule méprise.

En restant optimiste, je considère que le pasteur Moïse Mbiye n’a peut-être pas seulement lancé une critique, mais qu’il a, sans le vouloir, prophétisé sur le type de personnes que Dieu peut utiliser pour refonder l’État congolais. Je ne condamne donc pas ses propos. Au contraire, j’estime qu’ils révèlent une vérité biblique profonde : Dieu confie parfois de grandes responsabilités à ceux que la société rejette ou méprise. Comme dans 2 Rois 7, les “lépreux” d’hier peuvent devenir les instruments inattendus du salut collectif. Peut-être que, pour la RDC aussi, la solution viendra de ceux que beaucoup refusent encore d’écouter.

Narcisse Ntumba
Appelez-moi LE PATRIOTE